La Compagnie du Pas Suivant

logoCompagnie de théâtre dirigée par Aurélie Ruby. Créations originales / adaptations sans concession / Faire le pont entre littérature et expérience / Jouer, jouir et résister

« Ce qui compte c’est la vie, la vie seule. Sa découverte incessante, éternelle, le processus de la découverte, et non la découverte en tant que telle. » Dostoïevski, l’Idiot

L’instant du théâtre est un privilège

L’instant du théâtre est un privilège. Il porte en lui le suspens de la confusion, de la colère, de la tristesse. Ou plutôt, il crée un temps suspendu dans lequel notre confusion, notre colère, notre tristesse, s’expriment, se partagent, se chérissent, ensemble, acteurs et spectateurs. Ce temps suspendu est le privilège du théâtre. Quand nous avons joué Winter Guest hier, dans sa nouvelle version, la quatrième version de ce projet, avec Ola seule en scène, accompagnée de Mohanad au Oud, devant ces classes de cinquième à Serris, j’ai eu la sensation d’une première fois. L’acte théâtral ressuscite toujours dans des formes nouvelles, il se réinvente perpétuellement, il n’est jamais figé. Peut être que cette version du projet, en 2017, porte en elle plus de mélancolie, alors qu’en 2014 c’était l’énergie de la révolution qui enflammait le plateau. Mais cette mélancolie est juste, et hier, elle a traversé la classe comme une vague de chaleur.

Les élèves les plus difficiles pour les professeurs, sont soudainement ceux qui ont exprimé leur émotion. L’une a dit : « J’ai senti que vous étiez joyeuse alors j’ai ri. J’ai senti que vous étiez triste, alors j’ai pleuré. » Cette jeune fille a fait l’expérience de l’empathie. En parlant de l’exil, de la langue arabe, de la fermeture des frontières et même, après le spectacle, de la révolution, des attentats, il m’a semblé que nous répondions à une nécessité, une soif de savoir de la part de ces jeunes, dont la majorité sont fils d’exilés, exilés eux-mêmes, ou voisins d’exilés. Je me suis vu face à cette adolescente qui me demande : « Mais la guerre, pourquoi elle ne s’arrête pas ? » Et moi de lui répondre que la France est le 3e vendeur d’armes au monde, et que tant que le monde est mené par le capitalisme et que la guerre rapporte de l’argent, elle profite a beaucoup de monde.

Est-ce qu’on m’a parlé comme ça quand j’avais 13 ans ? Est-ce que tout est si violent? Faut-il parler comme ça aux jeunes? Faut-il leur raconter que la révolution syrienne a commencé quand le gouvernement a torturé à mort des enfants de leur âge qui avaient écrit Liberté sur les murs de leur école? Je ne sais pas, je ne sais pas. Je ne sais pas s’il faut transmettre l’histoire, vraiment. Mais que transmettre d’autre? Si des acteurs dans ma jeunesse n’étaient pas venus en classe jouer des spectacles sur la guerre d’Algérie, par exemple, je sais que je n’aurai pas su. Ou plutôt, je n’aurai pas retenu. Ce qu’Ola et Mohanad, par la musique et la langue, l’émotion et l’humour, transmettent aux jeunes, c’est de la mémoire. Pour une fois, on leur parle d’eux. On ne leur demande pas de connaître ou d’apprendre, mais de sentir et de comprendre.

Dans la classe il y avait un jeune garçon syrien. Il a raconté qu’il avait pris les bateaux de la mort. Maintenant dans la classe, tout le monde a compris ce que cela signifiait. Le soir, quand nous avons rejoué à la bibliothèque, il est revenu, avec ses quatre frères et son père. Je salue particulièrement le travail de ces bibliothécaires et professeurs qui militent chaque jour pour la tolérance et la mixité. Inviter un spectacle dans lequel on parle Arabe en classe aujourd’hui, oui, c’est un acte militant. Leurs élèves ont de la chance, et ils le sauront plus tard. Le pouvoir cathartique du théâtre est sans limite. Il est doux, il existe sans en avoir l’air, il rassemble, du moins un instant. Winter Guest, c’est un peu comme un spectacle Free hug, à la fin duquel les spectateurs ont envie d’embrasser Ola, de la remercier, et à travers elle c’est tous les syriens, tous les réfugiés, tout l’étrange, toutes leurs peurs qu’ils embrassent. La citoyenneté, c’est à dire l’humanité, existe dans ce temps suspendu du théâtre, comme un déclencheur qui peut tout changer, comme une révolution intime et partagée.

Faîtes venir ce spectacle dans vos classes.

Jeu : Merveilleuse Ola AL Misseaty Musique : Superbe Mohanad Aljaramani
Photos : Medhat Soody
Administration et bienveillance : Annabelle Couto
Et bien sûr la présence de Yazan Hawash.  Un merci particulier à Manon Johana Cherdo pour la salle de répète et à Marie-Laure Biblireàmontevrain pour son accueil

Reprise du spectacle Winter Guests, expériences d’exil

  • Le 1er décembre 2017, à Montévrain (77), 15H au collège / 19H à la bibliothèque. Nous aurons le plaisir de présenter une forme courte de Winter Guest (40 minutes) avec Ola Al-Misseaty au jeu et Mohanad Aljaramani au Oud. Cette forme est créée pour les lieux hors les murs, accompagnée d’une discussion. Entrée gratuite
  • Le 9 décembre 2017, 20H45, Centre Culturel La Courrée-Collégien (77), 20 Avenue Michel Chartier, 77090 Collégien. Accessible RER A Torcy + 15 minutes de marche. Entrée gratuite sur réservation au 01 60 35 90 81

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Deux jeunes syriens réfugiés en France interprètent leur propre rôle avec une énergie contagieuse, dans une pièce qui passe du rire au larmes, de la bande dessinée à la danse. Un mémorable moment d’humanité partagée.
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Avec Ola Al Misseaty et Yazan Hawash
Mise en scène, conception : Aurélie Ruby
Musique : Samir Homsi et Kaleva You
Technique : Julien Pichard et Guillaume Landrieu
Chorégraphies Butô : Laura Oriol
Création vidéo : Hamid Sulaiman
Photos : Medhat Soody et Jérémie Lortic
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Le programme de mars

– le 12 mars à 15H : Lecture de ce même extrait de Trop n’est pas assez au festival Les Aliennes, à la Serre du grand parc de Saint Ouen.

Accueil

– Le 15 mars à 19H : Présentation de sortie de résidence du projet Peste ! si l’on écoutait les rescapés, à la ferme du buisson.

– Le 18 mars à 15H : Lecture d’extraits de joumana Hadad à la bibliothèque Sorbier, Paris 20e, pour le festival L’appel de la lune.
http://www.lappeldelalune.com/

– Le 24 mars à 20H : Nous jouerons Winter Guests, expériences d’exil au théâtre des Malassis de Bagnolet, pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de voir ce spectacle ! Réservations : saliha.oukherfellah@ville-bagnolet.fr

N’hésitez pas à regarder en détails les programmes de ces festivals.
Au plaisir de vous y voir!
Aurélie Ruby

Actualité

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Reprise du spectacle WINTER GUESTS, expériences d’exil.
Mise en scène Aurélie Ruby
Avec Aya Atrash et Yazan Hawash
Musique Kalev et Samir Homsi                      Création vidéos Hamid Sulaiman                      Régie générale Julien Pichard                                 Régie son et vidéo Guillaume Landrieu

 

Un mot sur la tournée de Winter Guests, novembre 2016.

C’était comme un road trip pour la Syrie, alors que le dernier hôpital pédiatrique d’Alep a été bombardé ce weekend.

Deux représentations en île de France, au parc culturel de Rentilly et aux laboratoires d’Aubervilliers, suivis de quatre jours de tournée en Franche-comté, et six représentations qui furent un incroyable marathon. Marathon technique, marathon artistique, marathon émotionnel, et le mont d’or. Merci à tous d’avoir été présents pleinement comme vous savez tous l’être. Julien et Guillaume d’avoir déployé la magie de l’adaptation et de la solution. Kalev et Samir de nous avoir accompagnés bien au delà des notes. Kalev d’avoir tenu le volant du minibus ailé. Et bien sûr Aya et Yazan, vous qui avez dompté plus de trois cent collégiens d’un coup, réveillé quelques centaines de lycéens à 10h du matin, et fait rire et pleurer tous les autres de tous âges. La richesse des échanges après le spectacle ont été extraordinaire. Les collégiens séduits voulaient leur selfie avec les acteurs, et les adultes partageait l’ampleur de leur prise de conscience, de leur impuissance. Merci aussi à Vanessa Rousselot, Olivier, Medhat et Marie-Clothilde, l’équipe de tournage invisible, qui s’est entièrement investi pour commencer son documentaire. Merci aussi à Ali Alwani qui a lu en arabe avec nous. On voulait voir Vesoul et on a vu Vesoul, la campagne française, ses hôtels, ses gites, ses dortoirs et ses spectateurs. Nous avons rencontré des associations qui se sont mises en quatre pour accueillir Winter Guests, des professeurs qui ont bravé l’état d’urgence pour emmener leurs élèves voir le spectacle pour la semaine de la solidarité, des élèves pleins de spontanéité, de questions et d’émotions. Des gens indignés, des gens concernés, des gens touchés, des gens qui ont ouverts les yeux et d’autres qui ont vu joué leur histoire sur scène. De voir toutes ces énergies réunies et conscientes dans les petites villes et les villages de France, a fait du bien à mon espoir.

C’était comme une prière pour la Syrie, pour l’être humains, une prière sur scène, et une joie de la tournée en équipe, parce qu’il faut reconstruire sa vie et continuer à aimer. Merci.

C’était :

-Le 3 novembre, parc culturel de Rentilly, d’une langue à l’autre

– Le 12 novembre à 18H aux Laboratoires d’Aubervilliers, dans le cadre de la Journée «PORT REFUGE», organisé par le Festival Villes de Musiques du Monde.

 – Du 17 au 20 novembre en région Franche Comté, dans le cadre de la semaine de la solidarité internationale. – à Lons-le-Saunier, Besançon, Montbéliard, Belfort, Dole. http://bit.ly/2eeDmEN

Deux jeunes réfugiés interprètent leur propre rôle avec une énergie contagieuse, dans une pièce qui passe du rire aux larmes, de la bande dessinée à la musique traditionnelle. Un mémorable moment d’humanité partagée.

Partenaires : Le Ministère des Affaires Étrangères, Amnesty Internationale, France Terre d’Asile, Entraide et Démocratie en Syrie, Le chêne, Centre alternatif de Création.

Le Teaser http://bit.ly/2cP1SL9

Autour du spectacle :

– Le monde diplomatique : http://bit.ly/2e6bv71

– France culture : http://bit.ly/2e8Nqhf

– TV5 monde : http://bit.ly/2dYvec7