Présentation

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D’après L’IdiotL’explication indispensable, ainsi que des textes extraits des Démons et des frères Karamazov de Dostoïevski / Un poème en prose du Spleen de Paris de Charles Baudelaire / Un poème d’Edgar Poe

Aurélie Ruby
Visuels  Hamid Sulaiman
Photos  Philippe Laurençon
Sous le regard ami de Thomas Visonneau

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Est-il possible de percevoir dans une image ce qui n’a pas d’image ?

Une jeune femme malade apprend qu’il ne lui reste qu’un mois à vivre.

Maladie incurable.

Le monde lui apparaît alors sous un jour nouveau. Entre réalité et cauchemar – délire et lucidité.

Elle livre alors son
« Explication indispensable » pour exprimer sa dernière liberté, son dernier sursaut de vie.

La mort : une rampe d’accès à l’abstrait.

La mort pour mieux parler de la vie.

Un projet sur l’invisible, la force de l’infini et la lutte de chacun pour exprimer sa liberté propre. Un cri d’amour à la vie et à ce qui nous rend tous vivants. Un cri de révolte face à la mort, un cri de désir face à la vie.

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 « Je me suis demandée mille fois : est-ce qu’il y aurait au monde un désespoir qui soit capable de vaincre en moi cette soif de vivre frénétique, et indécente, peut-être même, et j’ai conclu que je crois que non ! »  Dostoïevski

Quelque chose de profond s’adressait à moi dans cet auteur, mais il remuait toujours des gouffres sans fond, des difficultés d’êtres, des désillusions et des impossibilités à vivre, à aimer, à trouver la vérité. Je le haïssais en même temps qu’il me fascinait.

Il en a été de même pour ce texte, cette explication indispensable, qui m’avait frappé à ma première lecture de l’Idiot, mais que je n’imaginais pas une seconde jouer moi-même. C’est durant la création de Nuits blanches, que j’adaptais en tant que metteur en scène, que j’ai senti naître en moi la nécessité d’une réponse d’actrice, à ce premier spectacle tant qu’à ce texte de jeunesse. Il fallait aller plus loin, percer le mystère. Voilà comment « l’explication indispensable » est réapparue, presque par hasard et sans doute par nécessité. Je me souviendrais toujours de ce moment où je l’ai relu; j’ai su que résidait là tout ce que je devais explorer maintenant de cet auteur. Toutes ces grandes idées, mais prises en charge par un personnage extrêmement humain, jeune et déjà presque mort, orgueilleux mais pathétique, touchant, et asexué, finalement. J’avais une satisfaction insolente à m’approprier un texte que Dostoïevski n’aurait jamais offert à un personnage féminin.

J’avais moi aussi à donner une parole en réponse, tant à Dostoïevski qu’à l’actrice qui naissait en moi. En traversant la chair, le souffle de ces phrases labyrinthiques et haletantes, si théâtrales, je peux enfin comprendre, sentir comme tout cela est lié aux tripes, plus qu’à l’intelligence et à la logique. Dire merde à tout mes maîtres, en incarnant les mots insolents du grand maître russe… Les œuvres qui m’ont servi, celles de la fin, sont pleines d’une vie et d’une folie réjouissante, d’un sarcasme gai et d’un amour démoniaque.

Je parle perpétuellement de la mort dans ce texte, et durant la création, soudain, j’ai eu peur ; je me suis demandée : Peut-on vraiment dire cela aux gens ? Peut-on vraiment leur balancer cela, le partager avec eux ? Pour qui je joue ? Qu’est ce que je veux transmettre ? Et le texte lui-même m’a apporté la réponse ; en parlant de la mort, il parle surtout d’un sursaut de vie. Et parce qu’il est un géant, Dostoïevski est accessible à toute humanité. Le jeu, le théâtre sauve de tous les gouffres, même ceux de la complaisance, de la déploration, de la violence de la maladie. C’est le processus de la découverte qui est le plus important et le plus beau, le plus jouissif.

Dostoïevski offre une partition merveilleuse, complexe, pleine d’une logique si logique qu’elle flirte avec la folie et le chaos, et peut pourtant atteindre tout un chacun. La création de ce personnage ambigu, ange et démon, maquillé, anti super héro et presque gothique, m’a aidé à plonger dans cette folie dostoïevskienne, et à m’éloigner d’une approche très cérébrale.

Finalement, c’est en donnant mon souffle, ma chair et ma propre folie à ses mots, en le jouant, que j’ai compris à quel point cet auteur ambigu aime frénétiquement la vie, et à quel point il guidera toujours mon parcours d’artiste. Il sera ma foi, ma ligne subservive. Et ce spectacle est l’histoire d’un manifeste artistique.

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Mesdames, messieurs, je porte un toast à la bêtise !
Vive la beauté, mesdames, messieurs !

Sur un nuage : papiers froissés et maquillage.
(Où comment, malgré elle, la jeune femme devient un super « anti-héros »)

 « L’explication indispensable » est clairement une nouvelle dans le roman. Pas d’esprit à la russe ; une parole universelle. Il ne s’agissait pas de s’aventurer dans L’Idiot, mais de plonger dans les grands thèmes de l’auteur. Dès lors, le jeune homme devient une jeune femme, un être asexué, pur chair et esprit malade de lucidité et de conscience. Lieu symbolique, hors du temps, un appartement dans lequel on aurait froissé toutes les pages d’une vie. Un nuage de papier au seuil de la mort. Les Super-héros évoluent dans des villes ravagées par le crime et essaient de rétablir l’ordre. Notre jeune femme, elle, vit dans les limbes de ses pensées, dans l’univers irréel et étroit que lui laisse la maladie. Focus sur les sensations du texte, les impressions paradoxales qu’il dégage.

Papier qu’on jette                                        Papier                                 Papier
Papier qu’on froisse                                    Ce qu’on a écrit                  Comme tous les contes     Papier qu’on déchire                                   Ce qui reste écrit               Auxquels elle a cru
Papier qu’on brule                                       L’écriture                            Les contes désormais révolus
Papier qu’on transforme                             La culture                          A la fois ses armes et ses regrets
Papier qu’on lit                                             Le savoir                            Témoins de son passage
De son chemin

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Quelque part entre Kafka, Beckett et le Joker
(une forme théâtrale et humaine)

 

le-temps-des-contes-7« Pourquoi commençais-je réellement à vivre, tout en sachant que je n’avais pas le droit de commencer ; pourquoi essayais-je, sachant que je ne pouvais plus rien essayer ? »

Dostoïevski peut faire beaucoup de mal à l’homme qui pense et s’interroge. Les gouffres qu’il côtoie et qu’il ouvre peuvent être sans retour pour la conscience. Mais voilà que mené au théâtre, il se révèle ironique et sarcastique, drôle, fou et touchant, et toujours aussi essentiel et aussi profond.

L’absurdité d’un Beckett, l’étrangeté d’un Kafka, l’insolence, l’audace, l’éclat d’un Joker.

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Le décompte des contes
(les extraits ajoutés – chansons – musiques)

 

le-temps-des-contes-8« Enivrez- vous de vin, de poésie ou de vertu, à votre guise ! »

Baudelaire

« Ne chantez pas la mort, c’est un sujet morbide. Les gens du show business vous prédiront le bide, c’est un sujet tabou pour poète maudit. »,

Ferré

Alors rions ! Moquons-nous, dansons, partageons, jouons, enivrons-nous, puisque plus rien ne peut nous sauver !

L’héroïne est déchue de ses pouvoirs, elle meurt et rien ne pourra arrêter cela, ni l’amour, ni la religion, ni les rêves, ni l’art, la beauté et les chants, ni le théâtre, et encore moins la nature. Mourra-t-elle parmi les gens et les arbres, dans cette nature qui l’a condamnée ?

Quoiqu’il arrive elle restera ce super héros que tout homme croit être au fond de lui, éternel et tout puissant, elle luttera jusqu’au bout, même si c’est du côté de la force obscure et contre un ennemi « répugnant, gigantesque, muet et tout puissant », elle combattra jusqu’à rendre son dernier atome de vie, se dit-elle, c’est sa lutte, sa vérité, sa foi passion.

« Tout ce que nous voyons
ou paraissons, n’est –il qu’un rêve
dans un rêve ? »
Poe

Techniques et contacts

Le temps des contes est révolu tient dans une valise et une petite chaise. La création lumière est très souple et peut s’adapter à toute sorte de configuration. Il peut se jouer sans lumières.

Une forme à faire voyager, en tous lieux intérieurs, extérieurs, insolites.

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Un spectacle créé au Théâtre de la Passerelle de Limoges en mars 2013.
Soutenu par la Région Limousin.

Pour télécharger le dossier en pdf merci de cliquer ici.
L’équipe de Cie du Pas Suivant.